La récente première mondiale du film d'animation Cosmic Princess Kaguya ! à travers le catalogue Netflix a connu un succès visuel et narratif retentissant. Cependant, derrière cette belle réinvention du conte classique du coupeur de bambou, se cache une profonde crise financière qui a laissé aux téléspectateurs japonais un goût plutôt amer. Ce qui était censé être une célébration du talent des animateurs locaux s'est rapidement transformé en un débat intense sur la façon dont l'industrie de l'anime ne survit que grâce à l'injection de capitaux étrangers.

Le problème des comités de production

Pour comprendre l'origine de cette frustration, il faut remonter à une récente interview télévisée mettant en vedette Kōji Yamamoto, l'actuel président de la société de production Twin Engine. Lors de son discours, le manager a expliqué en toute transparence comment fonctionne le système traditionnel des comités de production au Japon. Cette vieille pratique implique plusieurs entreprises, telles que des chaînes de télévision, des éditeurs et des agences de publicité, qui se réunissent pour partager les dépenses et minimiser les risques financiers en cas d'échec d'un anime. Le grand défaut de ce modèle est sa terrible rigidité économique, puisque les budgets sont gelés dès le départ. Yamamoto a avoué qu'avec ces règles, si l'équipe technique veut améliorer la qualité de l'animation en cours de projet, il est totalement impossible d'obtenir plus de budget.

C’est là que la plateforme de streaming est intervenue pour changer complètement les règles du jeu. Grâce à un contrat d'exclusivité signé il y a quatre ans, le studio a réussi à échapper à ces limitations archaïques. Contrairement aux entreprises japonaises qui ont peur d’investir dans des histoires originales sans base de lecteurs préalable, Netflix recherche activement du matériel inédit pour son marché international. Pour la création de Cosmic Princess Kaguya!, la plateforme américaine a approuvé un budget nettement plus important, multipliant les fonds jusqu'à 1,3 fois ce qu'un comité japonais traditionnel aurait autorisé, accordant ainsi aux artistes une liberté de création indispensable.

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La fierté blessée de l’industrie japonaise

Un utilisateur japonais a partagé le fragment de l'interview sur ses réseaux sociaux, le qualifiant de vraiment triste nouvelle. Pour une grande partie de la communauté, il est exaspérant de réaliser que les problèmes chroniques de leur propre industrie, tels que les bas salaires, les budgets étouffants et la peur de financer de nouvelles idées, ne peuvent être résolus que lorsqu’une entreprise étrangère décide d’intervenir avec son argent. Les fans soutiennent que le gouvernement devrait offrir des subventions ou des avantages fiscaux pour renforcer les studios locaux, empêchant ainsi les talents de migrer vers des sociétés de production chinoises ou sud-coréennes offrant de meilleures conditions de travail.

Bien que le long métrage réalisé par Shingo Yamashita et animé par Studio Colorido soit une merveille technique qui réimagine une princesse en fuite concourant dans un monde virtuel, l'histoire de son financement a laissé une énorme leçon sur la réalité du médium. Sachant que les studios indépendants n'ont pratiquement aucune marge d'erreur financière dans le système actuel, pensez-vous que l'intervention financière de plateformes comme Netflix est la seule voie viable pour sauvegarder l'originalité de l'anime, ou le Japon devrait-il réformer de toute urgence ses lois pour protéger ses propres créateurs ?