Plus d'anime que jamais, plus d'audience que jamais, plus de titres, plus de plateformes, plus de tout. Et pourtant, plusieurs des plus grandes entreprises du secteur clôturent leurs rapports financiers avec des déficits ou de fortes baisses de leurs bénéfices. Si cela semble contradictoire, c’est parce que c’est le cas et que cela porte un nom : « boom sans profit ». C’est exactement ainsi qu’une enquête de l’Imperial Data Bank décrit l’état actuel du marché de la production d’anime au Japon.

Comment produire plus et gagner moins en même temps

Le problème comporte plusieurs niveaux, mais le plus visible est celui de l’argent. Pendant des années, les plateformes de streaming ont payé des droits de licence qui couvraient dans de nombreux cas entre 80 et 100 % des coûts de production. C’était un modèle confortable : vous produisiez, vous livriez, et la plateforme absorbait la majeure partie des risques. Cette période, que l'article appelle la « bulle de livraison », atteint sa limite. Les plateformes n'augmentent plus leurs tarifs au même rythme, ce qui oblige les studios à récupérer des coûts croissants par d'autres moyens : ventes internationales, événements, produits physiques. Ceux qui savent bien faire cela bâtissent des entreprises solides. Ceux qui ne voient pas leur point d’équilibre s’éloigner de plus en plus.

Dans le même temps, les coûts internes continuent d’augmenter. La pénurie d'animateurs est réelle, l'externalisation est de plus en plus coûteuse et des entreprises comme Kadokawa ont accumulé une bonne volonté significative après avoir acquis des studios comme ENGI, Kinema Citrus et Video Kobo, augmentant ainsi leur seuil de rentabilité par projet. Le ministère japonais de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie a déjà noté que le volume de production d'anime avait atteint la limite de la capacité actuelle du secteur. En d’autres termes : l’industrie produit autant qu’elle peut, et cela ne suffit pas pour que les chiffres s’additionnent.

Les résultats négatifs ne proviennent pas d’études mineures. Kadokawa, Pony Canyon, les divisions anime du groupe TBS et ABC Animation ont rapporté des résultats difficiles. Studio KAI, responsable de la troisième saison de Uma Musumea également enregistré des baisses notables. Toho et Toei Animation ont montré des résultats mitigés. Le cas du MAPPA avec Homme à la tronçonneuse illustre l'autre extrême : le studio a couvert les coûts de production de sa propre poche pour conserver les droits et bâtir une entreprise indépendante autour du titre. C’est un pari qui peut très bien rapporter ou coûter très cher.

Il existe un autre facteur que l’industrie a trop longtemps ignoré : la surproduction d’isekai. Les plateformes continuent de considérer le genre comme un générateur fiable de vues, mais le nombre de titres disponibles a si peu dispersé l’audience que les taux de réussite ont sensiblement chuté. Avec trop d’isekai en compétition pour la même attention, le modèle traditionnel de mix média, dans lequel les anime stimulent les ventes de mangas, de romans légers et de produits dérivés, devient beaucoup plus difficile à mettre en œuvre. Cette pression s’accentue depuis environ trois ans, mais le volume actuel l’amplifie.

L’article met en garde contre une solution apparemment évidente qui pourrait empirer les choses : réduire simplement le volume de la production. L'argument est que si le Japon laisse des vides sur le marché mondial, les studios d'autres pays, comme le coréen Studio Mir, sont parfaitement placés pour les combler. La réponse n’est pas de produire moins, mais de produire mieux et avec des stratégies de distribution et de licence plus intelligentes. L’industrie de l’anime n’est pas en train de mourir, mais la période où la production et la vente étaient presque automatiques est définitivement révolue.

Pensez-vous que la solution est que les grands studios absorbent les petits, ou est-ce la diversité des sociétés de production indépendantes qui donne à l’anime sa variété et son âme ?